Draft 2022 : quel joueur pour le Thunder avec le pick 2 ?

  • Chet Holmgren (PF/C, 20 ans, 213cm, 88kg, 229cm d’envergure, Gonzaga Bulldogs)

Stats 2021-22 : 32 matchs, 26.9 minutes de moyenne
14.1 points, 9.9 rebonds, 1.9 passes, 0.8 interceptions, 3.7 contres, 1.9 turnovers
60.7% au tir (5.3 FG / 8.8 FGA), 39.0% à 3pts (1.3 3P / 3.3 3PA), 71.7% aux lancers (2.2 FT / 3.1 FTA)

Pour ce dernier scouting report, nous allons parler de celui qui correspond le mieux à la définition usuelle de « licorne » : Chet Holmgren. Né en 2002 d’une famille de sportifs de grande taille (son père était notamment joueur dans la fac de Minnesota et mesure aussi 2m13), Chet est connu des scouts depuis longtemps, ayant fait parler de lui dès son cursus High School à la Minnehaha Academy, un des plus prestigieux programmes lycéens du pays. Il y jouait notamment avec Jalen Suggs – lui aussi ancien de Gonzaga – et a remporté 4 fois en 4 ans le championnat d’état.

Si vous connaissiez Holmgren avant la saison NCAA, c’est sûrement pour une des deux raisons suivantes. Soit vous aviez entendu parler de son duel face à Emoni Bates, top prospect de la draft 2023 mais dont la côte a pâti d’une saison moyenne à Memphis. En effet, le choc entre les deux stars lycéennes avait beaucoup fait parler aux USA, et Chet s’en était très bien sorti avec 31 points, 12 rebonds et 6 contres, ça vous classe le niveau du bonhomme. Sinon, c’est sûrement lors du dernier Mondial U19, remporté par les Américains face à la France en finale que son nom est parvenu jusqu’à vos oreilles. Ce fameux duel face à Victor Wembanyama qui avait fait tant parler, durant lequel Victor avait été le meilleur joueur de la rencontre, mais dont il faut rétablir une vérité : non, Chet Holmgren n’a pas été broyé par Wembanyama. Victor a certes été le meilleur joueur du match (ce qui le rend très flippant pour la suite, mais ça c’est un autre débat sur le 1st pick 2023), mais Chet a été élu MVP du tournoi, donc n’oublions pas qu’il a lui aussi sorti de grosses prestations.

Après tous ces accomplissements en équipes de jeunes, il était temps pour Holmgren de monter d’un cran et de se confronter au niveau universitaire. Pour cela, il a décidé de choisir un gros programme, pas forcément réputé pour former des superstars mais plutôt pour proposer du super basket : les Gonzaga Bulldogs. Souvent favoris de la March Madness, jamais gagnants (dont cette année, défaite face à Arkansas), les Bulldogs jouent dans une conférence un peu plus faible que les autres gros programmes, ce qui les rend ultra-dominants mais donne des matchs souvent à sens unique. Pour ce faire, Gonzaga a joué beaucoup de pointures en début de saison (Duke, Texas, Texas Tech, UCLA, Alabama), ce qui nous permet de pouvoir juger des prospects comme Chet face à une belle opposition, en plus des matchs de la March Madness évidemment.

On commence le profil du joueur par ce qui fait le plus parler : il a perdu sa carte de cantine. Plus sérieusement, un 7-footer qui pèse moins de 90kgs, c’est très rare ; seul un joueur NBA possède ces mêmes caractéristiques : Aleksej Pokusevski, tiens donc, n’y aurait-il pas moyen de créer les thin towers à OKC ? Holmgren a donc évidemment un manque de puissance, surtout pour un intérieur, à cause duquel il aura des problèmes en arrivant dans une ligue aussi physique que la NBA. Cependant, la plupart de ses détracteurs basent l’essentiel de leur argumentaire sur ce point, et nous verrons tout le long de l’article à quel point ce déficit physique impacte son jeu.

Effectivement, Chet éprouvera des difficultés sur le jeu au poste. En attaque, il n’arrive pas à enfoncer son vis-à-vis, mais on parlera de son footwork offensif tout à l’heure qui peut lui permettre de limiter les craintes au niveau de son scoring intérieur. Défensivement par contre, c’est un peu plus problématique car il aura tendance à subir sur des situations de post-up. Lors du match face à Duke en début de saison, Banchero l’a fait souffrir en l’enfonçant au cercle et a scoré 20pts en 1ère mi-temps (n’oublions quand même pas que Paolo ne score qu’un point en seconde période et qu’Holmgren a repris l’ascendant). Chet aura sûrement des problèmes de fautes sur ses débuts en NBA, et cela est surtout dû à un déficit de développement dans le bas du corps. Cela peut paraître contre-intuitif, mais Holmgren résiste bien sur le haut du corps, et si l’intérieur adverse tente de faire parler sa supériorité physique sans développer une grosse palette de skills au poste (coucou Duren), Chet n’en a que faire et lui fera vivre un enfer sous le cercle. Malgré son physique de cure-dent, il accepte volontiers le contact et oppose une vraie résistance à des intérieurs qui semblent pourtant bien plus costauds. À voir comment cela se transposera en NBA, mais Holmgren ne se fera en tout cas pas défoncer par n’importe qui, oubliez cet argument falacieux.

On va continuer à parler de sa défense, car il est de loin le meilleur prospect 2022 de ce côté du terrain. Vous l’avez probablement remarqué à ses 3.7 blocks de moyenne sur la saison, Holmgren est un contreur fou et plus globalement un protecteur de cercle élite. Son timing et son placement sont excellents, il sait contrer des 2 mains, une ambidextrie rare chez un joueur aussi jeune, et représente une force de dissuasion intérieure complètement folle. Son apport en second rideau terrifie les extérieurs qui attaquent le cercle, sa longueur impressionnante lui permet de contester en levant juste les bras et il se jette très peu dans les feintes malgré son côté psychopathe du contre. Peu de prospects ont cette excellence défensive près du cercle, qui se traduit aussi par une grosse contribution au rebond. Chet est combatif, se place encore très bien, et ses go-go-gadgeto-bras lui permettent de couvrir une zone importante à la retombée du ballon.

Mais Holmgren n’est pas qu’un défenseur intérieur élite, comme on pourrait parler d’un Rudy Gobert notamment (toutes proportions gardées). Il a une belle mobilité défensive qui lui permet de sortir de sa raquette lorsque la situation le nécessite. Attention, il est moins à même de défendre au large qu’un Evan Mobley, mais sa vitesse, ses supers appuis et son agilité lui permettent de faire bien plus que de la protection de cercle. Il est capable de contester un tir extérieur en étant à 2m du joueur avec sa longueur de bras indécente, ce qui lui permet de moins se jeter face au ball-handler adverse et donc de contester plus facilement les drives de son vis-à-vis de circonstance. Cette mobilité est surtout très utile pour défendre le pick & roll, Chet pouvant défendre magnifiquement bien en drop comme bien compenser si le switch est forcé.

Vous l’avez compris, Chet Holmgren est un prospect générationnel en défense. Mais il est loin d’être mauvais de l’autre côté du terrain. On parlait tout à l’heure de son manque d’impact sur de l’attaque au poste bas. Holmgren compense cela par son excellent et varié footwork près du cercle. Il a un super toucher sur ses hooks et maîtrise une variété de moves – turnaround, spin-move, fadeaway (il fait même quelques one-legs, Dirk sort de ce corps !) – lui permettant de scorer. Holmgren est surtout un attaquant intérieur intelligent, très efficace (74% à 2pts !) et qui prendra très souvent la meilleure décision. Il attaque très bien off-ball et c’est ce qu’on demande à un pivot accompagné de bons ball-handlers, c’est-à-dire proposer des cuts, savoir se démarquer et être à l’aise dans le dunker spot. Holmgren n’est peut-être qu’à 14 points de moyenne, ce qui semble peu comparé aux autres prospects de cet article, mais il est très propre et peut déjà contribuer comme un intérieur classique en NBA. De plus, il a une mentalité très collective ; cela ne le dérange absolument pas de laisser des munitions à son coéquipier en feu (comme Drew Timme à Gonzaga), quitte à sacrifier ses stats personnelles. Voilà aussi pourquoi Chet Holmgren n’a pas une marque au scoring si énorme.

Il ne faut tout de même pas oublier dans cette argumentation que Chet peut rencontrer certaines difficultés à finir au cercle comme un pivot classique, de par son manque de puissance. Malgré tout le toucher et l’intelligence de placement qu’il a, Holmgren, bien qu’il sache résister au contact, n’arrive pas à l’initier. Lorsqu’il attaque le panier balle en main, il va souvent se faire contrer par le protecteur de cercle adverse, surtout si ce dernier est bien gâté par la nature (Mark Williams par exemple). Voilà une limite du scoring intérieur de Chet, qui ne peut pas non plus être parfait.

Mais si Holmgren est un prétendant au 1st pick, c’est aussi dû à du contenu offensif anormal pour un intérieur. Déjà, dans la lignée de son mindset collectif, il est un très bon passeur qui fluidifie le jeu offensif de son équipe. Il voit le jeu, la qualité de transmission est bonne et il peut contribuer dans ce secteur sur plein de situations. On l’a vu poste haut servir Timme sur du high-low, envoyer de la passe sur short corner (en hand-off ou avec rebond) à un coéquipier qui coupe vers le cercle, faire des renversements au poste bas, ou encore trouver son coéquipier dans la course en transition. Chet ne sera pas le ball-handler principal d’une équipe (encore heureux, imaginez le cheat code sinon), mais possède tout de même des capacités de passeur très rare chez ce genre de profil.

Holmgren a aussi une excellente maîtrise du jeu en transition, on peut même affirmer qu’il est élite dans le domaine. On l’a dit, il est capable de passer, mais il peut aussi pull-up efficacement derrière la ligne à 3pts, prendre l’espace pour finir au cercle mais surtout monter lui-même la balle et mettre du rythme. Pour un 7-footer, son handle est bon, certains flashs de dribble sont bluffants, et on voit même quelques séquences isolées de création de tir balle en main qui font flipper pour la concurrence.

Pour ce qui est du tir, Chet est là aussi très prometteur. Alors attention, ne vous attendez pas à ce qu’il tourne à 40% derrière l’arc en saison rookie (là aussi, ce serait trop facile d’être aussi fort à 20 ans), mais Holmgren est un floor spacer fiable, en témoigne ses 39% à 3pts sur un volume intéressant en NCAA. Sa mécanique est bonne, sa confiance aussi, et il apporte du danger sur différentes situations, que ce soit du pick & pop, du spot-up ou encore de la transition. Après un gros début de saison, puis un début d’année 2022 monstrueux (23/41, 56% à 3pts sur ses 11 premiers matchs de l’année civile), la suite a été plus compliquée pour le joueur originaire du Minnesota (5/27, 19% à 3pts sur ses 8 dernières rencontres) : Chet doit tout de même gagner en régularité pour représenter un vrai danger loin du panier.

On a donc ici un prospect légitime pour être le 1st pick de la prochaine draft. Protecteur de cercle élite, polyvalence défensive intéressante, contributeur prometteur dans tous les compartiments de l’attaque (passe, shoot, scoring intérieur, jeu off-ball), Chet n’est pas qu’un simple grand dadet trop fin pour tenir en NBA, n’en déplaise à ses détracteurs qui ne l’ont vu que sur Google Images. D’ailleurs, le dossier médical d’Holmgren est rassurant, il n’a jamais eu de problèmes de blessure majeur (que ce soit une grave blessure comme un problème récurrent, pouvant être considéré comme chronique) et sa saison NCAA s’est bien passée à ce niveau-là.

Psychologiquement, on a évidemment beaucoup moins d’informations que les front office qui les ont vu individuellement, vous vous en doutez. Mais ce qui ressort du bonhomme est rassurant. Sur le terrain, il montre un fort QI basket (placement, lectures de jeu), met en valeur ses coéquipiers, est combatif et compétiteur. En dehors, il affirme être le meilleur joueur de sa cuvée, mais sans sembler avoir la grosse tête. Il le dit d’ailleurs, il s’inspire par exemple de Kevin Durant mais ne veut pas devenir comme tel ou tel joueur, mais se développer pour être la meilleure version de lui-même, il comprend qu’il est un joueur unique en son genre.

Quel rôle avec le Thunder ?

Ce qui semble aussi rassurant pour nous, c’est que Chet a l’air d’être à l’aise à l’idée d’être drafté par le Thunder, quitte à ne pas être le 1st pick. Lorsqu’il parle de la qualité de la formation d’OKC, mais aussi de sa compatibilité potentielle avec des joueurs déjà en place comme Giddey et Shai, cela montre un réel intérêt de sa part envers la franchise, même s’il ne faut pas oublier que ces déclarations restent de la communication classique d’avant-draft.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Holmgren a vu juste sur son rôle offensif à OKC. Il serait peu responsabilisé balle en main en saison rookie, laissons ce rôle à SGA et Giddey, mais pourrait contribuer en scorant près du cercle sur des situations simples, mais aussi apporter un spacing utile sur des situations de pick & pop ou du spot-up (ce qui permettrait notamment à Shai ne faire encore plus un carnage sur ses drives). Il pourrait aussi dynamiser le jeu de transition du Thunder et proposer des solutions rapides à Josh Giddey (puis, imaginez Josh balle en main qui voit Poku et Chet sprinter au cercle, quel bonheur si on voit ça dans notre vie). Défensivement, il faudra qu’Holmgren joue à côté d’un autre intérieur capable de contenir physiquement les pivots adverses (Favors, Bazley, JRE, Koloko via la draft ?) pour exploiter son excellence défensive en second rideau, sans ça il souffrira, surtout dans ses premières années. Par contre, rappelez-vous qu’OKC était top 10 défense avant le All-Star break la saison dernière, et qu’on pourrait avoir un 5 défensif SGA – Dort – Kenrich – Bazley – Chet. Donc s’il vous plaît, ramenez Chet Holmgren à OKC, qui est selon moi le meilleur choix possible pour Sam Presti avec son pick 2.

Sa place dans les mocks

C’est donc tout pour cet article sur les profils pour le pick 2. C’est aussi la fin d’un énorme travail de scouting, en 4 articles, qui nous aura demandé pas mal de temps et d’énergie lors de ces dernières semaines. Maintenant, nous n’attendons plus qu’une chose : être dans la nuit de jeudi à vendredi pour savoir ce que nous aura réservé Sam Presti.

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