Jalen Williams : Le scouting report

Après avoir effectué moult scouting report durant toute la période précédant la Draft, il était logique d’effectuer les deux derniers scouting report de l’année sur les deux joueurs non-scouté qui ont été drafté par le Thunder dans la nuit de jeudi à vendredi. Heureux hasard, les deux joueurs ont le même nom de famille et vont porter deux numéros sur le parquet particulièrement confondants. Pourtant, on a bien affaire à deux profils différents avec Jalen et Jaylin Williams, deux joueurs qui peuvent apporter de belles choses à OKC. Pour cet article, nous allons nous pencher sur le prospect de Santa Clara, le swingman de 21 ans, j’ai nommé : Jalen Williams.

Présentation

Alors que tout le monde devait se remettre du trade surprise pour récupérer Ousmane Dieng en 11, c’est une autre surprise qui est venu avec le pick 12 du Thunder, en la personne de Jalen Williams. Attendu un poil plus bas, surtout avec un Jalen Duren ou un AJ Griffin encore disponible, la réaction de la fanbase du Thunder sur ce choix a été plutôt mitigée. D’autant plus que le joueur n’a montré aucune réaction à l’annonce de son nom par Adam Silver, ce qui n’a pas aidé son cas. Pourtant, une fois qu’il a réalisé qu’il venait bel et bien d’être drafté, il s’est tout de suite montré plus à l’aise, notamment sur les différentes vidéos postées par la franchise depuis la Draft. Prospect plus âgé (21 ans) que la grande majorité des picks de loterie ou de la Draft, Jalen Williams a connu un parcours assez atypique, fait de travail et d’humilité, deux point très appréciés par le board du Thunder. 

Joueur né le 14 avril 2001 à Denver dans le Colorado de parents militaires (un point qui explique sûrement son éthique de travail), il est un produit de l’Arizona, où il a débarqué à ses 7 ans. Malgré tout, ce ne sont pas les Suns de Steve Nash qui lui donnent envie de faire du basket mais bien les Lakers d’un certain Kobe Bryant. D’ailleurs, Jalen porte le 24 en hommage à Kobe (et a choisi le 8 au Thunder sûrement en hommage). Des parents militaires, un fan de Kobe, autant dire qu’il sera le premier à la salle tout au long de sa carrière. Son parcours retranscrit bien d’ailleurs ce côté ‘’je travaille car je n’ai pas été aussi gâté que certains’’ : il commence par faire ses armes en high-school au Pumas de Perry, dans l’Arizona. Entre son année sophomore et son année senior, il va grandir de 20 centimètres. 

Recrue 3 étoiles seulement en sortie de HS, il va s’engager avec la fac de Santa Clara, un programme assez mineur en NCAA, peu coutumier de la March Madness ou de grosses recrues, mais qui comporte dans ses anciens élèves un quadruple champion et un double MVP HOFamer (je vous laisse chercher lequel). Forcément, dans un programme plus faible, Jalen se retrouve avec pas mal de responsabilité dès son année freshman : titularisé assez vite (22 matchs débutés pour 33 disputés), il va livrer une ligne de stat honnête : 7.7 points, 2.8 rebonds, 1.9 assists pour 43.6% au tir et 35.2% à 3 points.

Alors qu’il semblait bien parti pour suivre une courbe de progression constante, il va être stoppé pour sa saison sophomore par deux facteurs. Le premier : une vilaine blessure au genou qui va lui faire manquer une bonne partie de la saison (seulement 18 matchs en 2020-2021). Le second : la pandémie. Comme beaucoup de prospects vous pourrez me rétorquer, mais non. Du fait de sa petite structure, les joueurs ont passé l’année dans un hôtel et n’ont eu qu’un accès très limité aux infrastructures. Si bel et si bien qu’ils n’ont quasiment pas pu s’entraîner de l’année. De l’aveu même du joueur : c’est frustrant. Cette frustration, on la voit bien sur ses stats de la saison, nettement moins bonnes que l’année précédente : une progression au nombre de points (11.5) mais une chute du pourcentage au tir global (-3.7%) et un cinglant -7.8% sur le pourcentage de réussite de loin.

Avec de telles stats, impossible pour lui de prétendre à une sélection lors de la Draft 2021, et retour à la fac pour une troisième saison. Cette fois-ci, les blessures vont le laisser tranquille, le protocole sanitaire sera réduit et lui permettra de s’entraîner. Cette saison 2021-2022, c’est celle de l’explosion pour Jalen Williams. Malgré un effectif bien trop faible pour jouer la March Madness, et qui se reposait quasi intégralement sur les qualités de son swigman, le numéro 24 va tout simplement faire partie du club des meilleurs joueurs NCAA cette saison. Avec 18 points, 4.4 rebonds, 4.2 passes, 1.2 interceptions pour des splits en 51/39/81, force est de constater qu’il aura noirci la feuille de stats toute la saison. 

Suffisant pour avoir tous les scouts NBA à ses pieds ? Pas encore. Listé en début de second tour dans les premières mocks post-loterie, c’est bel et bien lors du combine qu’il va montrer toute l’étendue de son talent. Sam Presti l’a d’ailleurs évoqué dans sa conférence de presse en sortie de Draft : il a été très impressionné par le joueur durant les scrimmages. Il n’était pas le seul, puisque sa côte n’a fait que grimper à partir de ce moment. Prévu dans le range 15-20 par les insiders Draft, il été le premier choix des Cavs en 14… avant que le Thunder ne le sélectionne en 12. Belle récompense pour un joueur qui a travaillé dur pour en arriver là. De la même manière que Jaylin (qu’il a souvent croisé durant le Combine du fait qu’ils partagent le même nom de famille, ce qui semble d’ailleurs l’amuser), on a une personnalité attachante, plutôt humble et qui donne tout, sur le terrain comme à la salle d’entraînement. A présent, essayons de comprendre ce qui a poussé Sam Presti à le sélectionner en 12e position.

Le joueur

Le premier point que je souhaite évoquer dans cette analyse du profil de Jalen Williams, c’est sa création. Oui, comme Jaylin Williams, comme Ousmane Dieng, comme Chet Holmgren, Jalen est un créateur. C’est peut-être même le meilleur créateur de cette liste de 4 joueurs. C’est d’ailleurs un point sur lequel il a énormément progressé entre son année sophomore et junior, multipliant quasiment par 2 sa moyenne de passes (4.3 contre 2.2). Pour un joueur qui devait déjà tout faire en attaque au scoring, je trouve ça vraiment satisfaisant. Pour sa panoplie à la passe, j’évoque souvent le terme de passeur fonctionnel, terme que vous avez pu lire à peu près 1000 fois dans les scoutings de cette année. Pour Jalen, je suis prêt à dire qu’il est plus que cela : on sent qu’il aime servir ses coéquipiers, que ce n’est pas qu’une alternative quand il ne peut pas aller finir lui-même. C’est quelqu’un qui sait manipuler les défenses adverses pour pouvoir démarquer ses coéquipiers, qui sait lire le jeu et faire en fonction de ce que l’équipe adverse lui donne. Sa palette technique est assez créative et plaisante à regarder, notamment les passes no-look, particulièrement flashy et qu’il affectionne. 

Sa capacité de création est d’autant plus importante qu’il n’a pas vraiment le profil physique d’un meneur : un mètre quatre-vingt dix-sept, un peu moins de quatre-vingt quinze kilos et une envergure assez exceptionnelle pour sa taille, listée durant le combine à 2.19. Oui oui, 2.19, c’est mieux que Jaylin Williams, mieux que Tari Eason et autant que Moussa Diabaté et Trevion Williams, deux pivots qui font entre 7 et 11 centimètres de plus que lui. Avec un tel corps, il sera sûrement utilisé au poste 2 voire au poste 3 et rare sont les ailiers capables d’avoir une telle capacité de création (en plus d’être particulièrement appréciable et apprécié par les coachs NBA). Jalen Williams va ainsi faire parler sa capacité de création, que ce soit sur transition où il est toujours en train d’observer le parquet, à la recherche du coéquipier qui va en direction du panier ou du shooter ouvert dans un corner. Même sur demi-terrain il est capable de créer depuis différents endroits du parquet, tout en sachant faire l’extra-pass s’il le faut. Je suis vraiment assez séduit parce ce que j’ai vu de lui dans ce domaine, et je pense qu’il apportera une véritable plus-value à ce collectif, même si ce dernier est déjà assez bien équipé en matière de création.

Cette qualité de passeur et sa capacité à manipuler les défenses se voit très bien lorsqu’il utilise le pick and roll. Si on se concentre uniquement sur le pick and roll où il ne termine pas lui-même, on voit un prospect encore une fois très propre et très doué, très intelligent dans les lectures de jeu. Il sait être patient ou rapide en fonction de la situation, sait bien utiliser les angles pour servir ses coéquipiers et sa panoplie est là aussi assez importante : peu importe la main, il est capable de faire des pocket pass, de servir son roll-man en lob ou avec une passe à rebond, peut envoyer une passe laser en direction d’un corner etc etc. Beaucoup de belles choses qui me font dire que, même s’il n’aura pas autant la balle en NBA qu’en NCAA, sa capacité à créer sans être pour autant le ball-handler primaire sera un réel atout pour le Thunder, encore plus dans des 5 avec beaucoup de bons finisseurs près du cercle et/ou des shooters.

Pour ce qui est de son jeu offensif individuel, là aussi j’ai vu de belles choses et un joueur en constant progrès. Pour rester sur le pick and roll, il est très efficace dans ce domaine lorsqu’il va terminer lui-même : l’échantillon est important (quasi 5 tentatives par match) et un taux de réussite de 49%, soit autant voire plus que certains PG. Cette efficacité, il la doit surtout à son floater. En effet, il a tourné à 50% de réussite sur ce type de tir, avec plus d’un 1.5 tentative par match. Que ce soit appel un pied ou deux pieds, il s’est montré être une menace dans ce registre tout au long de la saison. Au-delà du floater, c’est d’ailleurs toute sa panoplie offensive qui est présente lorsqu’il utilise le pick and roll, avec du scoring près du panier, à mi-distance donc avec ce floater mais aussi de loin. Ne pas l’utiliser en tant que second ball-handler (surtout s’il débute sur le banc) avec un bon partenaire de pick and roll ou de pick and pop serait criminel et potentiellement stupide tant il a montré de très bonnes choses tout au long de la saison. Est-ce sa principale qualité ? Je suis pas loin de le penser.

Pour le reste de son jeu offensif, je suis là aussi assez fan. Je trouve par exemple que son handle est plutôt sérieux. Bien sûr, son âge un peu plus avancé fait qu’il a eu le temps pour progresser, mais je le trouve bien plus solide qu’un Agbaji par exemple, pris 2 choix plus bas et qui est encore plus vieux. Je ne suis pas le plus aiguisé pour juger le handle mais j’ai vu des hési, un cross gacuhe-droite qu’il utilise abondamment, des changements de rythme ou bien encore des spins. Rien de particulièrement flashy, contrairement à ses passes, mais assez solide pour la NBA, surtout aux ailes. En tout cas assez suffisant pour faire perdre ses chevilles à quelques intérieurs, comme son nouveau coéquipier Chet Holmgren a notamment pu le constater cette saison.

Ce handle lui permet d’aller là où il veut, notamment à mi-distance où il a été plutôt efficace (39.3%) alors qu’il a été peu aidé (seulement 17% de ces tirs inscrits l’ont été avec une passe décisive). On a donc un joueur qui a principalement sanctionné sur du pull-up à la suite d’une séparation, toujours très intéressant pour une équipe, surtout si le joueur n’est pas la première option en attaque. Pour ce qui est de son jeu près du cercle, là aussi je suis plutôt impressionné : plus de 66% de réussite pour seulement 35.5% de passe décisive, on est sur du très haut niveau. En même temps, avec une détente vertical estimée à quasiment 1 mètre, il risque de se retrouver plus haut que pas mal de pivots et peut leur monter dessus. En plus de cela, il est très bon pour tout ce qui est création du contact et pour aller chercher des lancers puisque son Free-Throw Rate est de .33. Dans une équipe qui a cruellement besoin de finition près du cercle, il va s’avérer particulièrement utile.

Reste le tir extérieur, qui reste le besoin des besoins du Thunder. La progression est une nouvelle fois là, comme je l’ai évoqué dans la partie présentation. Dans ce domaine, Jalen a beaucoup plus été utilisé en catch and shoot, terminant à quasi 50% de réussite dans ce domaine (31/64). L’échantillon n’est pas le plus élevé (moins de 4 tentatives par match) mais je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas transposer ce tir en NBA, d’autant plus que les pourcentages aux lancers sont très bons (plus de 80%, eux aussi en progression entre l’année 2 et 3). Pour ce qui est des fameux splits, je vois un joueur très régulier, tournant systématiquement entre 37 et 40%, avec des pointes à 45%. Une petite baisse en février (33%) mais on est très loin des montagnes russes de certains. Il sera sûrement utilisé off-ball dans ce domaine, et là encore apportera de belles choses.

On est finalement pas loin du scorer triple-niveau (près du cercle, mid-range, tir extérieur) mais il a malgré tout un gros défaut en attaque, qui l’empêche selon moi d’avoir un plafond incroyable : son premier pas et son explosivité. Trop de fois je l’ai vu ne pas réussir à créer suffisamment d’espace pour pouvoir finir ou aller près du cercle, ce qui a amené des fautes offensives et des mid-range trop contestés pour pouvoir rentrer. Comment pourra t-il corriger ce défaut ? En travaillant sur son handle, mais je pense que la marge de progression dans ce domaine est assez réduite.

Défensivement, quel est son niveau ? Personnellement, j’ai du mal à m’emballer sans être trop inquiet. Fait-il partie des meilleurs ailiers défenseurs de la cuvée ? Probablement pas. Pourtant, avec une envergure aussi importante, il va pouvoir utiliser ses longs bras pour gêner son vis-à-vis. Et d’ailleurs nous ne sommes pas dans la situation où le joueur n’a pas fait les efforts défensivement, quand bien même il avait quasi toutes les responsabilités en attaque. Son vrai défaut est son manque de vitesse latérale. Elle est d’autant plus visible face à des meneurs, et je ne suis pas sûr qu’il pourra tenir parfaitement face à des petits PG, ce manque de vitesse faisant qu’il a connu pas mal de situations où il a eu du mal à contenir son adversaire, ou bien qu’il se faisait tout simplement prendre de vitesse. Sera t-il un handicap en défense pour autant ? Non, absolument pas, mais je lui vois plus un futur à défendre des postes 4 que des postes 1 : il a l’envergure pour, et souffrira moins de ce manque de vitesse latérale. D’ailleurs je pense que l’upside défensif est présent, malgré les 21 ans : pas tant dans la progression physique que dans la progression de la lecture du jeu (déjà bonne) et dans une plus grande activité défensive.

Quel rôle et quel apport au Thunder ?

Je suis particulièrement curieux de voir comment sera utilisé Jalen Williams au Thunder. Pour moi, il peut complètement être un remplaçant de luxe, capable de terminer les matchs s’il est dans un bon soir ou si un coéquipier passe à travers. Son profil offensif me paraît parfait dans un effectif qui a besoin de création, de finition près du cercle et de tir extérieur (quasiment tout en attaque quoi). Son rôle semble d’ailleurs assez logique pour moi : deuxième ball-handler en sortie de banc, aux côtés de Tre Mann, avec de la création laissée pour lui-même et une utilisation en tant qu’initiateur sur pick and roll et pick and pop. Je pense qu’en terme de distribution de minutes, il peut être ce 7e homme tant la concurrence à l’aile ne me semble pas si importante que cela, avec un Dieng faisant sûrement des passages par la G-League au début et avec un Kenrich dont l’avenir pose question. Ce n’est pas non plus le cadavre de Ty Jerome (qui ne sera peut-être même plus là d’ici la reprise) qui viendra l’obstruer. Pour ce qui est de l’association avec le reste de l’effectif, j’aime Williams dans tous les cas de figure : avec Tre Mann où il aurait plus de responsabilités de création, en tant que joueur off-ball avec du Shai ou du Giddey, en tant que partenaire de pick and roll avec Bazley ou de pick and pop avec Chet. Même avec Jaylin Williams il peut être utile, surtout s’il venait à être trappé.

J’ai souvent évoqué le fait que je voulais un joueur ‘’à la’’ Mikal Bridges, à savoir un prospect certes plus vieux et avec un plafond moins élevé (quoique) mais avec un plancher solide, parce qu’il faut ce type de joueur dans une équipe. Pour moi, Jalen Williams a tout de ce profil. Je vois difficilement comment il pourrait ne pas fonctionner en NBA, encore plus au Thunder, dans une équipe qui pullule de joueurs intelligents, gros travailleurs et de bons créateurs. Peut-être la meilleure définition de Jalen Williams. En tout cas très hâte de le voir durant la Summer League, et encore plus hâte de le voir sur son année rookie, car je crois beaucoup en lui pour apporter day one au Thunder mais aussi pour être ce joueur très important et ultra-précieux dans des campagnes de post-season.

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